Lecture : « Courir en ville : utilisez le mobilier urbain pour vos entraînements » (Editions Amphora)

7 05 2013

A844Détourner le mobilier urbain pour faire du sport, une idée qui fait son chemin! C’est ce que proposent Alain Dalouche & Alain Rosseli, avec la participation d’Annette Sergent, double championne du monde de cross-country, dans un ouvrage sorti au mois de février 2013 aux éditions Amphora.

Fiez-vous au sous-titre : il s’agit bien ici d’utiliser le mobilier urbain pour réaliser des exercices spécifiques de « gammes » ou de préparation physique générale (PPG) au sein d’une séance de course à pied : étirements, renforcement musculaire, travail des appuis, de la réception ou de l’équilibre. Le quatrième de couverture annonce la couleur : « Plus de 15 mobiliers urbains universels détournés pour l’entraînement! »

Cette idée du détournement de la ville pour en jouer selon son bon plaisir rejoint celle développée par plusieurs courants artistiques, dont l’un des plus proches de la démarche des auteurs de « Courir en ville » serait peut-être « La Ligne Citadelle – Laiterie » du groupe Démocratie Créative : un parcours sportif au coeur de Strasbourg qui propose un ensemble d’activités en plein air basées sur le mobilier urbain. « Chacun des agrès qui compose cette ligne est imaginé sur des aménagements bruts (barrière, échelle, signalétique au sol, et quelques anomalies) dont l’usage primaire a été transformé en véritable parcours de santé. Au programme pour les citadins, sportifs et curieux : étirements, flexions, extensions, sauts de barrière, poutre d’équilibre, saute-mouton, slalom, échelle d’escalade, barre fixe… C’est une occasion ludique de voir la ville et de s’y déplacer pour quiconque à de l’énergie à revendre. » Des mobiliers urbains ordinaires et quasiment invisibles tant on les croise souvent deviennent de véritables jouets.
Une carte interactive donne chaque point de la ville à revisiter, ajoutant une nouvelle dimension ludique et graphique à la démarche.

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Trail des monts et merveilles : podium à l’envers !

6 02 2011

Cela faisait plus de douze années que je n’étais  pas retournée au village. Non pas celui qui m’a vu naître, mais celui dans lequel j’ai vécu mon enfance et une partie de mon adolescence, de 6 à 16 ans. J’y ai appris à lire, à faire du vélo et de la mobylette, j’y ai vécu des amours et des amitiés et des drames, passé des heures dans les bois, l’église et les champs : Compreignac.

Seb dit « Marko », coureur limougeaud rencontré sur Facebook (le même qui a écrit ici le récit de sa Saintélyon), m’avait parlé de cette course : le Trail des Monts et Merveilles, une première édition conduite par un passionné de ces bois de Maudan et de La Vauzelle. Je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous et conviais Noostromo et Aurélie « de Limoges » à vivre cette expérience avec moi.

Le réveil dominical ne fut pas évident, après une soirée passée au Petit Coudier (un café-concert mythique des Monts d’Ambazac où les étoiles furent scintillantes et les musiciens de French Swing Kiss fantastiques). Mais j’étais heureuse de partir courir à travers mes racines. Arrivés à 8h45, nous nous garons près du nouveau lotissement et abordons le village à pied, en passant près du cimetière. Je reconnais la maison d’Aurélia, celle d’Anne-Sophie, la mairie-école où j’ai vécu, le monument aux morts, l’église. Le village est transfiguré avec ses brumes matinales et les dizaines de coureurs en tenue qui s’échauffent dans les ruelles. Devant la salle des fêtes une longue file d’attente est formée : ici, on s’inscrit plutôt le jour même que par correspondance, et les organisateurs devront reporter le départ d’un quart d’heure tant l’affluence est grande. Le temps d’un bon café chaud et nous arrivons au retrait des dossards du parcours de 9,5 kilomètres, fin prêts. Ou presque : « Ah bon, vous ne donnez pas d’épingles à nourrices ? » Je le sais bien pourtant que ce n’est pas la règle dans les petites courses, moi qui les collectionne dans mon sac de sport. Mais je n’y ai pas pensé ce matin… On parvient à s’en dégoter deux chacun, et on met le dossard bien en évidence car il n’y a pas de système de puce pour compter les chronos. A la place d’un sac de goodies, les coureurs reçoivent une bonne bouteille de bière artisanale locale : ça c’est une organisation qui sait recevoir ! 🙂

On se dirige vers la ligne de départ, devant l’église, et c’est peu dire qu’on manque d’échauffement : on aurait dû trottiner davantage. La brume ne se lève pas, et restera présente tout au long de la course, transformant les paysages en décors de légendes telles que les racontait Madame Gabouty, l’historienne du village, avec ses feux follets, ses grottes secrètes, ses pierres guérisseuses et ses esprits farceurs. Bruno est venu encourager Aurélie. Blessé, il ne participera pas au trail, mais il fera quelques foulées (en jean !) sur la fin du parcours avec nous. Sébastien est également bien là, au départ des 24 kilomètres.

Où est Marko ?

Au départ les coureurs se lancent dans la descente comme s’il s’agissait d’un 10 kil’ roulant ; nous essayons de nous retenir mais ce sera trop rapide pour Aurélie qui aura tout de suite le galopant au taquet. On s’enfile assez vite dans un sentier, mais je ne regretterai pas d’avoir choisi mes New Balance 1064 pour l’occasion, car nous croiserons peu de grosse boue et que les passages sur route m’auraient vraiment cassé les pattes dans mes chaussures de trail (elles ne perdent rien pour attendre, les Columbia Ravenous version 2011 connaîtront leur baptême de glace le week-end prochain, au cours du Snow Trail de l’Ubaye !)

Tous derrière et elles devant... mais pour combien de temps encore?

A partir du deuxième kilomètre, ça grimpe, et pour longtemps. On marche pas mal et cela me rappelle ces dimanche de mon enfance avec le club de rando, où je pestais comme une sacrée diablesse contre le sort qui m’obligeait à parcourir ces sentiers au grand air, alors qu’il y avait le feuilleton « Gym » à la télé et que j’aurais préféré savoir si l’héroïne allait remporter la victoire devant ses fourbes adversaires. Mais là je ne peste plus, je suis tellement heureuse entre mon amie et mon amoureux, dans les feuilles mortes, les bogues de châtaigniers, sur ma terre Limousine. Je remercie mes parents de m’avoir forcé à marcher les dimanches, de m’avoir appris à aimer les chemins creux et la mousse des sous-bois !

Après le premier ravitaillement du quatrième kilomètre, nous amorçons une descente qui sera de courte durée. On y croise des chevaux bien sympas qui prennent la pause devant l’iPhone de Noostromo. On aura effectivement l’occasion de faire de belles images de cette forêt brumeuse, et les organisateurs facétieux ont même pris le soin, en plus des balises, d’installer des pancartes « Paysages ! » assorties de flèches qui pointent… vers le brouillard 😉 Nous sommes déjà bons derniers, suivis par les baliseurs-balais avec qui nous échangeons quelques blagues.

Déictique dans les arbres

« Normalement ça devrait tout le temps redescendre », dis-je pour rassurer ma coupine pour qui les montées et les sentiers chaotiques sont un vrai chemin de croix. Que nenni, ça grimpe encore. Heureusement, un deuxième ravito nous attend, avec des carrés de chocolat noir très bienvenus (2 ravitos sur un 9,5 km, on ne va pas tomber dans les vappes !) On passe pour la deuxième fois à gué sur un petit bout de rivière, qu’on s’amuse à franchir à petits bonds sur les pierres.

Et hop !

Et voilà !

Le chemin devient plus large, c’est « le chemin de princesse » pour Aurélie, qui peut enfin prendre ses aises.

Le chemin des princesses

Nous amorçons la descente finale vers le village, et devant le cimetière je croise Zohra, notre ancienne voisine du village, qui gardait ma petite sœur (« Missy », pour ceux qui suivent ^^), qui connaissait tous les coins à champignons, qui savait faire du henné avec des feuilles de noyer et qui partageait le potager avec ma mère. Je m’exclame, je la salue, on s’embrasse, « Et ta maman, ça va ? Et ta soeur, ça va ? Oh, j’ai toujours une photo de vous dans mon salon ! » Elle a les larmes aux yeux quand nous prenons une nouvelle photo grâce à l’iPhone de Noos’ (merci Nicolas pour toutes ces belles images, c’est rare d’en avoir autant sur une course !) Les baliseurs-balais attendent sagement que toutes ces effusions s’achèvent, je salue Zohra et nous finissons la course… derniers !

Pour la petite histoire, ayant vu sur le site Internet de la course qu’il n’y avait que 12 seniors femmes inscrites sur le 9,5 kilomètres, je m’étais dit qu’un podium était possible… Mais je préfère courir avec mes amis que de les laisser sur le coin de la route pour faire ma petite perf’ à la noix. Ce sera donc un podium inversé en 1 heure 20, mais du « bon temps roulé », comme on dit en Louisiane !

A l’arrivée c’est le festin (Eh bé oui ! On est en Limousin quand même !) avec une soupe aux légumes faite maison (et les participants des 24 kilomètres auront même droit à un sandwich au fromage, les veinards !) Je retrouve Cathy, la mère d’une amie d’enfance, montée sur la place tout spécialement pour me voir. On finit en beauté « Chez Gabeau » (oui, le propriétaire a changé mais pour moi le café au coin de l’église sera toujours « Chez Gabeau », là où j’achetais mon Mickey Magasine et mes Frizzy Pazzy) avec une petite bière.

De grands mercis aux organisateurs et bénévoles de cette course, superbe, très bien encadrée et très bien balisée. Leur enthousiasme est beau à voir et cela m’a donné une idée à long terme : pourquoi ne pas organiser une course « Runnosphère » un jour, dans un coin qui nous est cher et que nous aimerions faire découvrir ? Certes, cela doit représenter un investissement énorme, sans doute un an de travail, mais quel aboutissement !

PS : Pourquoi tu cours ? Pour retourner à la terre d’enfance.
PS 2 : On va ajouter quelques photos prises  par Bruno, elles sont magnifiques !

Les autres comptes rendus de course de la Runnosphère ce week-end :

Noostromo (trail des Monts et Merveilles)

– Runnosphère (Raidnight 41)

Virginie (Raidnight 41)

Runmygeek (Raidnight 41)

– Doune (foulées de Vincennes)

– Salvio (foulées de Malakoff)

Laquathus (foulées de Vincennes)





Ce que courir veut dire

11 12 2010

Il est des jours sans limite où les heures ordinaires ne suffisent pas à pouvoir saisir tout ce que la vie contient. Trop de nouveautés, d’agitation, trop d’au-revoir et de rencontres à venir. C’est dans ces moments-là que l’insomnie me guette, elle sait que je l’appelle au secours tout en la redoutant. Lorsque je peux partir courir, le temps reprend sa forme et j’évacue pas après pas tout ce qui me submerge. Mes pensées les plus chaotiques se dessinent clairement, le brouillon se met en page dans cet effort du corps et ce contact unique à l’environnement qui m’entoure. Or depuis plus de deux semaines,  je ne cours pas, enfermée par la douleur d’une banale blessure. Heureusement, elle s’estompe enfin : dès la semaine prochaine je rechausserai mes pompes de running pour une reprise progressive, et mon sommeil dépassera à nouveau les cinq heures quotidiennes.

Cette semaine j’ai à la fois quitté mes anciens collègues d’Orange Labs et commencé mon nouveau métier de rédactrice. Je n’imaginais pas que ce serait aussi émotionnellement intense. Je m’étais préparée à ce changement de vie, je croyais que la transition serait routinière. Il n’en a pas été ainsi : j’ai de la peine à dire au-revoir, malgré la joie de ce nouveau travail et la pleine conscience de suivre ma propre voie.

J’ai emprunté le titre de ce billet à l’ouvrage du sociologue Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, en hommage au laboratoire de recherche qui m’a accueilli pendant un an, juste après la soutenance de ma thèse. J’y ai rencontré des personnes extraordinaires, pleines de vitalité (et de théories bizarres 😉 ),  j’ai découvert pour la première fois ce qu’était « la vie de bureau » et cette drôle de communauté constituée par des collègues que tu côtoies chaque jour. Et surtout — pour ce qui nous intéresse ici — j’ai pu développer et amplifier ma passion naissante de la course à pied, au cours de nombreuses discussions (hein, avouez, je vous ai grave saoulé à la cantine, au café, jusque dans vos bureaux ! ^^), de supers joggings au parc Suzanne Lenglen et avec la participation « corporate » à La Parisienne.

Mais l’histoire n’est pas finie puisqu’en mars prochain, je participerai avec mon ancienne collègue et néanmoins amie Julie 😉 à la version « Twin santé » de l’Ecotrail de Paris. J’ai hâte de vivre cette nouvelle aventure !

Et l’histoire continue ailleurs, avec cette communauté de la « Runnosphère » que j’ai découvert en lectrice, puis en blogueuse, et désormais « In Real Life » (Bizarre comme expression, non ? Comme si écrire, lire, commenter et raconter des bêtises sur Twitter ne faisait pas partie de la « vraie vie » !) avec les rendez-vous binouze post-compétition et les Pasta Party. Hier nous nous sommes ainsi retrouvés à huit compères (dont deux commères, grande première!), après le retrait des dossards pour la Corrida d’Issy-les-Moulineaux. C’est assez étrange de retrouver physiquement des personnes avec qui l’on a parfois échangé des pages et des pages (tous nos commentaires mis bout à bout, ça doit bien faire à peu près ça ^^) durant des mois. Je me rends compte que je suis quand même d’un premier abord beaucoup plus timide en face à face. Peu à peu au fil des rencontres, les têtes se font familières, et l’on retrouve avec plaisir ces conversations d’initiés sur le meilleur moyen de ne pas se perdre dans un trail, sur le dernier gel énergétique ou les courses à venir (je note pour ma part le trail des Traces du Loup en juin, si bien défendu par David et Christophe !) Nous n’en sommes qu’aux balbutiements, mais j’ai la forte impression que de véritables amitiés sont en train de naître ici, et ça, c’est beau !

Pour finir, je reviens en forme de clin d’oeil à mon ancien bureau d’Orange Labs, avec ce mur des « Pourquoi tu cours ? » en Post-it. Fabriqué et partagé avec Julie, ma binôme d’Ecotrail et colloc’ du B419-420, il est un pendant graphique à cette petite question lancinante, à la manière du mur des 10 kilomètres de Paris Centre.

Gourmandise d'hiver

 

Corporate

Cinéma

Temporel

Spirituel

Drogues





Pourquoi et comment j’en vins à jouer au tennis

3 12 2010

Aujourd’hui, sur Running Newbie, c’est Vases Communicants. J’invite Anthony Poiraudeau, du blog Futiles et graves, à écrire ici, et je vais raconter ma perception du paysage lors des Veillées du Bois chez lui. Cette fois-ci, on ne parle pas course à pied, mais tennis… Je vous laisse découvrir ce texte qui, je le pense, est très important pour mon ami Anthony.

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Je n’avais pas d’avis, pas d’intérêt ni de répulsion pour le spectacle et la pratique du sport avant les retransmissions télévisées du tournoi de tennis de Roland-Garros en 1988. Je n’avais pas tout à fait dix ans, je savais sans avoir eu à me le formuler que mon caractère solitaire et ma timidité contrariée me rendaient effrayant l’exercice du football, très répandu chez les garçons de mon âge, dans lequel je voyais surtout, à tort ou à raison, les nombreuses possibilités d’humiliations que le groupe aurait pu me faire subir dans le cas non inconcevable où j’en serais devenu le mouton noir, quand je vis alors, sur l’écran de télévision qui diffusait comme chaque année, à la fin du mois de mai et au début du mois de juin, ce tournoi de tennis – un des quatre plus prestigieux au monde (en fait un des deux plus prestigieux au monde, mais passons) -, un joueur qui allait cette année se hisser jusqu’aux demi-finales et dont l’attitude, le physique, l’apparence et le jeu comblèrent instantanément mes besoins juvéniles d’adopter une idole, idole qui plus est conforme aux goûts vulgaires et avides de tape-à-l’œil facile qui étaient ceux de l’enfant nourri par la télévision et les (mauvais) films de série B que j’étais – cette conformité ayant été une condition certainement obligatoire en même temps qu’un déclencheur. Ce joueur était Andre Agassi, il était jeune (critère important), il était Américain (critère important), il était sûr de lui et facétieux (critère important – précisons au passage que le caractère facétieux d’Agassi ne sera plus qu’occasionnellement visible à partir de 1990), il portait des shorts en jean ainsi qu’une chevelure volumineuse et péroxydée qu’on pourrait qualifier de “mulet” ou encore “nuque longue” à la sauce années 80 (ces critères d’apparence sont importants – il y a beaucoup à dire sur l’évolution du look d’Andre Agassi, incluant les aspects esthétique, moral et psychologique, et plus encore depuis qu’en 2009 son autobiographie Open a révélé que la spectaculaire chevelure qui coiffait son crâne au début des années 1990 était un postiche, mais passons) et il tapait dans la balle comme une brute (mais comme une brute terriblement habile), livrant des coups droits et des revers à deux mains ahurissants, qu’il accompagnait au moment de la frappe d’un cri qui, bien que venu de sa gorge, semblait tout aussi bien sorti d’un film d’action (ou, par anticipation d’ailleurs, me semble-t-il, de certains jeux vidéo de l’ère des consoles 16-Bit, qui seraient pour moi une passion ultérieure, bien que brève, mais une fois encore, passons) (cet ensemble de critères est très important).

Il se déclencha alors chez moi, en plus – et probablement autour – de cette passion fanatique pour Andre Agassi, un amour enflammé pour le tennis professionnel en général, et un début de pratique du tennis avec les moyens du bords, et d’abord avec un ami volontaire pour lui-aussi y jouer, avec moi d’une part, et les moyens du bord d’autre part (et peut-être en faisions-nous l’un et l’autre réciproquement partie). Les moyens du bord étaient : les raquettes que l’on avait chez soi, à traîner dans un fond de placard et qui des années auparavant avaient dû être achetées pour une somme modique en supermarché ; c’étaient les balles que l’on avait chez soi, à prendre la poussière dans un recoin de cave ou de garage, entre par exemples un vélo pour enfant devenu trop petit et un grand sac de charbon de bois pour barbecue ; c’était un coin de terrain pouvant accueillir un espace point trop minuscule, présentant l’aspect de la planéité et permettant de tendre quelque part en travers de lui, plus au moins au milieu de sa longueur et aux moyens de poteaux, de colonnes, de pieds de parasol ou autres chaises de jardin, une ficelle ayant fonction de filet. Bref, on jouera beaucoup sur terre caillouteuse, sur sable tassé, sur gravier, rarement par contre sur terrain rectangle. Je n’avais alors qu’un seul partenaire, meilleur que moi bien qu’autodidacte autant que je l’étais, et mon infériorité sportive chemina en moi, le long de la série probablement complète de défaites, d’indistincte blessure narcissique en sourde douleur mentale : je ne cherchais pas dans le tennis un loisir ou un amusement, mais une façon de me défendre contre l’existence et d’y légitimer la mienne. Je ne le savais pas alors, mais déjà je le sentais. Je savais encore moins le furieux et fumeux marché de dupes que je cherchais à contracter et qui aurait tenu en entier dans ce contrat ahurissant : deviens bon au tennis et le monde à l’extérieur de toi s’accordera avec toi-même, et ni la vie, ni les autres qui la composent, ne te broieront. En aucun cas ces deux espoirs et désirs n’entretiennent le moindre rapport possible entre eux, mais je ne me rendais pas alors compte que c’était un salut que je cherchais, tout comme j’ignorais encore qu’on n’échappe pas au risque – dont je sentais déjà très bien qu’il existe indiscutablement, quant à  lui – que la vie vous broie. Et de toute façon, au tennis, à ce moment là, et il n’y avait à ce stade que ça, j’étais alors mauvais, y compris pour un garçon de mon âge. Point d’occasion donc de constater qu’il ne se rencontrerait point de salut le long de cette voie que je n’avais pas parcourue.

En attendant et en espérant mieux quant à mes prestations sur les courts, pour une des premières fois de ma vie peut-être, mais finalement comme toujours, ma stratégie de compensation fut l’accumulation de connaissances : au moins, personne à mes alentours n’en connaîtrait davantage que moi sur le championnat professionnel. On aurait pu me demander par qui avaient été gagnés les tournois d’Auckland, de Gstaad, de Key Biscayne, ou de ce qu’on voudrait, en quelle année et contre quels finalistes, et j’aurais répondu dans l’ordre désiré, parce que j’avais tiré des pages “sports” des journaux et de mon abonnement à Tennis Magazine tous les résultats disponibles pour les reporter à la main dans un cahier de 24 x 32 cm à petits carreaux et couverture verte, mémorandum feuilleté et complété encore et encore, tout le temps, et que donc on pouvait y aller, j’étais prêt à les recevoir les questions, je pouvais le dire, qu’à Auckland en 1991, Jean-Philippe Fleurian s’était fait battre en finale par Karel Novacek, avant qu’en 1992 ce soit Jaime Yzaga (un joueur dont on pouvait souligner, sans même qu’il soit besoin pour cela de le voir à l’œuvre, deux singularités : il était le seul joueur parmi les cent premiers mondiaux à être, premièrement, Péruvien et, deuxièmement, pourvu d’un patronyme commençant par la lettre Y ; mais passons) qui prenne à son tour le titre néo-zélandais, alors qu’en 1991 et 1993 Novacek perdait deux fois en finale à Estoril, je le savais aussi, contre Sergi Bruguera la première et contre Andrei Medvedev la seconde, j’aurais pu le dire à l’aise, tout comme j’étais parfaitement au courant qu’ailleurs, à Cincinnati, tiens, oui, à Cincinnati, pourquoi pas ?, c’est que c’était bigrement intéressant, ce qui s’y passait, là-bas, au mois d’août, que donc à Cinicinnatti, où en 1991, Guy Forget, au beau milieu de la meilleure saison de sa carrière battait en finale Pete Sampras (et on se souvient bien, aujourd’hui encore, de la répétition combien plus affolante de ce match qui nous sera jouée à Lyon à l’automne, en finale de Coupe Davis France-USA, mais passons), Pete Sampras qui lui-même et bien que pas encore n°1 mondial, battrait, à Cincinnati toujours, dans l’Ohio toujours, l’année suivante et en trois sets, l’ancien et très durable leader du classement, le vieillissant, assez sinistre et tout juste devenu citoyen américain Ivan Lendl (quand on sait que c’est en remportant le tournoi de de Cincinnati en 1990, contre Brad Gilbert en finale, que Stefan Edberg était devenu n°1 mondial, en prenant à la tête du classement la suite de, je vous le donne en mille, Ivan Lendl justement, on constate, n’est-ce pas ?, que l’affaire ne manque décidément pas de sel… (Ah non mais… Quand même ! Mais quand même ! Mais quoi d’autre ?!, bon sang !, quoi d’autre que le championnat professionnel de tennis pour nous fournir sur terre des scénarios pareils ?! Des fois, on se le demande bien… (Et qu’on n’aille pas nous raconter après ça, ma parole !, qu’il n’y aurait pas plus de choses dans le ciel et sur la terre que dans toute la philosophie!, comme on dit dans Shakespeare (Shakespeare qui bien que citoyen et même emblème du pays qui a fait naître le tennis, en adaptant au plein-air et au gazon la pratique du jeu de paume venu de France (mais passons), Shakespeare qui n’a pas vu ni joué un fichu match de tennis de toute sa vie… On n’imagine même pas, sacré nom d’un chien !, ce qu’il aurait bien pu bien écrire de plus si, bon sang de bon sang !, il avait connu ce jeu ! Mais passons.)))).

Oui, j’aurais pu dire tout ceci et bien d’autres choses encore, je connaissais tout ça. Sauf que bien sûr, personne ne me demanderait jamais des choses pareilles, et nul n’accorderait au fait que je les sache la même portée morale et métaphysique que moi. Et pour cause, les enjeux moraux et métaphysiques que j’y plaçais étaient tout à fait irrationnels, fallacieux, solipsistes et  insensés. Mais l’accumulation de connaissances n’était ma seule manipulation de ces leviers existentiels à raquettes, filets, polos et bâches de fond de court, puisque, tandis que je me constituais cette érudition inutile, bien que somme toute réjouissante, je franchis à l’âge d’environ douze ans et demi un pas (unique dans ma biographie, mais passons) sur le plan de la pratique du sport, en me dotant d’une licence officiellement délivrée par la Fédération Française de Tennis et en devenant membre du Tennis-Club Riez Océan, vénérable club de la petite station balnéaire vendéenne où je résidais avec ma famille les douze mois de l’année, et où Jean-Pierre Piveteau, sympathique moniteur diplômé d’État et joueur classé au remarquable niveau amateur de deuxième série, et par ailleurs conducteur d’une moto japonaise de grosse cylindrée, allait mener les entraînements auxquels je participerais désormais chaque mercredi matin, avec le groupe des nuls, puis le samedi matin, avec le groupe des, disons, moyens. Je ne traînai pas longtemps avec le groupe des nuls, ma détermination à courir vers la balle et à la cogner pour qu’elle ne revienne pas, mon appétit d’affamé pour la réussite de mes coups et échanges, le nombre incalculable d’heures passées devant des retransmissions télévisées de tournois, ainsi que plusieurs années désormais de quasi-méditation sur la pratique du jeu me firent rapidement surclasser les quelques mollassons empotés qui vivotaient là sans même l’ambition ni le désir d’en sortir, pour définitivement m’installer dans un groupe dont le niveau reflétait le mien et où la température ambiante ne m’allait pas causer de choc thermique, celui des mi-habiles et des médiocrement doués mais plus fiers et dont il n’y avait rien d’autre à attendre que la stagnation au niveau qui serait à jamais le leur, opérée avec le secours de la neutralisation entre elles des forces contraires de la dissipation paresseuse et des sursauts d’orgueil.

Aux centaines d’heures de visionnage de matchs à la télévision s’ajoutèrent des centaines d’heures à jouer au tennis, pendant les entraînements et surtout au cours de matchs amicaux, non officiels du moins, et presque toujours disputés contre des amis (souvent le même d’ailleurs, mais un autre que celui contre lequel j’avais débuté en autodidacte et avec les moyens du bord, mais passons), sur de véritables terrains désormais, courts au sol recouvert de matériaux synthétiques rouges eux-même entourés de vert et encadrés de grillages s’ils étaient à l’extérieur et de filets et de bâches vertes pour les deux, qui étaient mes favoris, contenus dans la salle du club, toutes leurs lignes orthogonales et peintes en blanc au sol selon les très exactes mesures homologuées. Je jouais beaucoup, mes gestes n’étaient plus ceux d’un autodidacte, mais mon attitude et le niveau de mon jeu restaient au fond les mêmes. Je peux parfaitement ressentir encore le saisissant écart entre les douleurs existentielles qui étaient engagées au cours de la quasi-totalité des matchs que je jouais et mon indépassable incapacité à m’astreindre dans la pratique à une discipline par laquelle j’aurais pu m’améliorer. Il m’était impossible de maintenir plus de quelques minutes les consignes que l’entraîneur m’avait dites et redites quelques instants plus tôt, quelques jours tout au plus, car je ne pouvais lutter contre une irrépressible et obscure volonté, et qui précisément me menait à la destination exactement inverse à celle désirée, mais par le seul chemin que je voulais bien accepter d’emprunter : je voulais être facile, être insolent de facilité et pétri de talent, royal, magistral, ahurissant et exceptionnel, sans avoir jamais à fournir les efforts à l’aune desquels les individus auraient, dans une certaine mesure, pu tous entre eux être comparés, et qui sont le travail, la discipline, la patience et l’abnégation. Je ne voulais pas être comparé, mais bien au contraire être incomparable, surdoué, avoir le tennis infus comme d’autres auraient, paraît-il, la science infuse, sans quoi ce n’était pour moi même pas la peine, car je ne serais pas alors sauvé, et je n’aurais plus qu’à me coltiner le cambouis là comme je me le serais farci ailleurs, et je voulais à en crever échapper au cambouis, quel que soit l’endroit où il faille l’affronter. On n’avait pas quitté les principes mentaux qui dirigeaient tout pour moi depuis le départ et avaient d’emblée tout dit, mais je n’avais pas d’oreille pour l’entendre, ni même aucune pour entendre qu’il me faudrait changer d’oreilles pour entendre mieux l’écho que renvoyait face à moi de plus en plus proche le mur contre lequel butait l’impasse où je m’étais engagé, comme d’autres murs m’avaient si souvent renvoyé les balles avec lesquelles j’avais joué, seul, les plus beaux matchs, les plus réussis, et les plus enthousiasmants pour le public imaginaire, de tous ceux que j’avais mené. J’aurais juste voulu être le récipiendaire d’un talent inouï dont j’aurais délivré – sous les yeux ébahis, stupéfaits et incrédules de celles et ceux que les hasards de la vie auraient jeté là, en même temps et dans les mêmes lieux que moi, et qui auraient dû se pincer pour se convaincre que ce qu’ils voyaient de leurs yeux était bien réel – les manifestations miraculeuses, et arriver sur le court, comme venu de nulle part et comme en claquant des doigts, juste pour se mettre en toutes simplicité et décontraction à cogner des coups hallucinants, qui seraient tombés le long de trajectoires imprévisibles et inspirées quelques centimètres tout au plus avant les limites du court, très exactement là où il faut, en affolant les compteurs kilométriques si dans la modeste salle de pauvre petit club il y en avait eu. J’aurais voulu être un génie, et un génie travaille-t-il ? Je me comportai ainsi des années, empêtré dans la douleur mentale et la colère contre soi de celui qui ne voit, dans le déroulement navrant de ses prestations, que les plus éclatantes preuves du ratage de son existence et de l’indignité de sa personne, collé aux parois de la médiocrité sauf peut-être les jours de chance et le voyant bien, à quasiment chaque point, mais tentant à chaque fois, inlassablement et en dépit du bon sens, des coups impossibles et qui dans mon esprit étaient nécessaires, car les preuves à la recherche desquelles je m’étais senti convoqué ici et ainsi, celles de mon élection au rang de héros pouvait élever une activité sportive au niveau d’un événement historique dispensé de l’histoire, n’auraient pu m’être délivrées autrement.

Elles ne furent pas. Et je ne sus jamais jouer autrement à ce jeu, c’est-à-dire qu’ayant tenté d’y gagner ce qui ne s’y trouvais pas, ayant voulu recevoir par lui les fruits d’une promesse que nul ni rien ne m’avais jamais faite, je ne sus finalement jamais y jouer du tout, pas autrement que par la pantomime matamoresque, farfelue et portant vaguement les allures de sport qui était ma manière.

Plus tard, le rock’n’roll et la pratique de la guitare ayant pris sa place comme véhicules et chairs de mes appels insensés au salut, et les tarifs exigés par le Tennis-Club Riez Océan pour en demeurer membre après l’âge de dix-sept ans s’en étant mêlés, j’arrêtai le tennis, et n’y jouai bientôt plus que très rarement.

C’était être soustrait au devoir de vivre sans pour autant mourir que j’avais cru pouvoir jouer là, poussé par l’idée folle que c’était ici, dans ce rectangle marqué au sol, de 23,77 x 8,23 mètres exactement, qu’il aurait été une bonne fois pour toutes possible de régler l’affaire, que par une magique mais implacable opération, si jamais l’on parvenait à frapper des coups prodigieux, on atteindrait alors des niveaux supérieurs de l’existence et on serait comme sauvé, comme si un administrateur général des vies allait vous attendre à la sortie de la salle résonante, aux murs de tôle et pans de toit pentus, pour vous faire signer un miraculeux papelard sur le couvercle de la mallette d’où il l’aurait tiré, par lequel vous aurait été signifié que c’était bon, que pour vous c’était réglé, que les quelques coups droits croisés, fulgurants et frappés à plat en bout de course, par lesquels vous aviez pris votre adversaire à contre-pied, et que les trajectoires superbes et grisantes de vos revers le long de la ligne qui avaient coupé court à l’attaque pourtant très incisive de l’autre en face vous mettaient à l’abri pour toujours, vous autorisaient, et avec les félicitations du jury et l’admiration unanime, à ne plus jamais rien avoir à foutre de votre existence glorieuse sans jamais manquer de rien pourtant ni éprouver plus de souffrance aucune.

En croyant pouvoir en être libéré par le tennis, en y jouant pour ça, au fond, pour ce fol espoir vaincu, c’était finalement, égale à elle-même, l’effroyable responsabilité de vivre qu’on y avait trouvé. Non seulement, le tennis ne nous en libérerait pas en dehors du court, mais il nous mettait aux prises avec elle jusque pendant les échanges et les matchs. C’est qu’il fallait la faire avancer, cette foutue balle, il fallait l’envoyer de l’autre côté du filet, être offensif avec elle, pas seulement s’en débarrasser pour attendre que ce soit l’autre en face qui fasse avec elle le boulot qu’on avait pas su faire soi-même, et s’en remettre à lui, mais bien plutôt le faire céder, lui, et remporter avec elle un peu d’honneur, un peu d’espace et un peu de quoi avoir à perdre plus tard. Il fallait encore se battre, on n’en sortait pas.

© Anthony Poiraudeau – 2010





Lâche ton écriture ! (10km de Paris Centre, 1/2)

2 10 2010

Depuis quelques jours, un vent d’interrogations souffle dans la runnosphère. (Oui, bon, j’exagère un peu!..) Pourquoi cette grande marque de chaussures a-t-elle recouvert plusieurs pans du métro parisien? Pourquoi ces publicités sont-elles toutes orientées autour de la course à pied? Djailla propose une hypothèse : une nouvelle Human Race à Paris?

Les participants aux 10 kilomètres de Paris-Centre venus chercher leurs dossards aujourd’hui auront la réponse à la devinette: cette marque est partenaire de la course, et en a profité pour jouer à en mettre partout dans la capitale.

Mais près du stand du retrait des dossards installé à Palais Royal, une surprise attendait les coureurs: un faux mur coiffé d’un slogan et d’une belle tâche de peinture rose. Au stand de vente des produits de la marque, des Post-it, bleus (pour les garçons?) et roses (…), des feutres noirs. Pas de mode d’emploi, mais c’est un jeu d’enfant. Je m’approche et je commence à lire. On dirait au premier abord que les scripteurs ont cherché à répondre à la question « Pourquoi tu cours ? » ou « Pourquoi tu vas courir, demain ? »

Enfin… pour certains, ce serait plutôt: « Comment tu cours ? »

D’autres pensent déjà à la ligne d’arrivée et à la récompense mousseuse…

Dès le troisième regard, j’ai senti qu’une autre dimension s’ouvrait. Les uns parlent de douleur, les autres d’un but. D’une personne à qui ils dédient la course. Comme ces orants qui écrivent des prières sur les cahiers des églises, ou sur de petits morceaux de papiers glissés dans les recoins des statues, ou encore sur des affiches scotchées aux piliers, exposant aux yeux de tous leurs espoirs et leur peine.

Evidemment, j’ai posé le mien. Devinez où ? ^^





Devenir runneuse : une expérience anthropologique

1 10 2010

Avant-propos: ce récit de la Vanvéenne n’est pas celui de ma course, mais se réfère à l’expérience vécue par une autre « runneuse »… (voir plus bas).

« Ce n’est pas la première fois que je cours. Plusieurs années auparavant, il m’est arrivée de faire quelques séances avec une ou deux copines un peu plus motivées que les autres. C’était sympa, mais ça restait très occasionnel. Depuis peu, en revanche, je m’y suis remise avec une nouvelle amie. Nous courons très régulièrement. Notre principale motivation n’est pas forcément de nous surpasser : au-delà de l’exercice physique, nous courons en parlant à un rythme soutenu… Et c’est surtout ce moment d’échange sur les aléas de la vie – familiale et professionnelle – qui nous tient en haleine. Deux fois par semaine, nous nous retrouvons donc au stade pour discuter…. en courant. Jusqu’au jour où ma coéquipière me fait une proposition : participer à une course officielle, la Vanvéenne. Au début, un peu surprise, j’hésite. Puis j’accepte finalement de relever le défi. Après tout, c’est l’occasion de mettre nos entrainements à l’épreuve. Je m’imagine déjà sur la ligne de départ un dossard fixé sur le torse, comme les athlètes que l’on voit dans les magazines ou à la télévision… Ma véritable préoccupation est pourtant ailleurs : allions-nous tenir jusqu’au bout? Allions-nous passer la ligne d’arrivée en continuant… de discuter? Et tout ça dans un temps raisonnable?

Le jour J, ma compréhension de ce qu’est une course évolue au fil des découvertes. Certes, nous avons un dossard avec un numéro, mais pour cette course, aussi modeste soit-elle, l’équipement des runneurs est bien plus sophistiqué que je ne le pensais. Non, je ne me sens pas ridicule avec ma paire de chaussures, relativement standard. Mais l’obligation d’y accrocher une puce me fait prendre conscience d’un premier changement d’état : participer à une course officielle, être une runneuse digne de ce nom, c’est aussi devenir une entité comparable aux nombreuses marchandises d’un stock dont on peut suivre la distribution. Car cette puce n’est pas un simple gadget, elle ramène tous les participants à un état comparable. Deuxième changement d’état : je ne suis plus seulement une participante avec un numéro de dossard, je suis devenue une concurrente. La puce constitue le dispositif qui permet de se mesurer aux autres. « Pas de puce = Pas de classement » précisent les instructions qui l’accompagnent. C’est par son intermédiaire que le temps réalisé par chaque concurrent s’enregistre et s’affiche au moment où il franchit la ligne d’arrivée. Enfin, comme la puce le mentionne elle-même, elle doit être restituée. Une fois la course terminée, je dois absolument la rendre aux organisateurs, sous peine d’une amende de 15 euros. Troisième changement d’état : immédiatement après ma performance, quelle qu’elle soit, je deviendrai à nouveau une personne juridiquement responsable. Me voilà rassurée !

En même temps, je suis fatiguée à l’avance par les états successifs par lesquels je suis censée passer le temps de cette course. Au top départ, nous sommes pourtant sereines avec mon amie et, reprenant le rythme de nos discussions habituelles, nous enchaînons les kilomètres les uns après les autres sans presque nous en rendre compte. Bien après l’arrivée, je réalise que la puce que j’ai rendue est encore active : associée à d’autres dispositifs électroniques, elle contribue maintenant à l’affichage de mon temps sur l’écran de mon téléphone et m’indique un site web où je peux consulter l’ensemble du classement. J’apprends alors qu’avec mon amie nous ne sommes pas les dernières… Et je prends conscience de n’avoir pas seulement partagé un moment avec elle, et de nombreuses autres personnes. En participant à cette course, j’ai été transformée à plusieurs reprises par de minuscules dispositifs techniques avec qui j’ai partagée certaines de mes caractéristiques. Non, définitivement, je ne suis plus la même. »

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Je suis ravie d’accueillir ici l’une des plumes de Scriptopolis, blog de sciences sociales sur de « petites enquêtes sur l’écrit et ses mondes ». Plusieurs fois par semaine, un billet présente une nouvelle histoire sur des objets écrits et le rapport que l’on entretient avec eux.
Aujourd’hui l’échange permis par les Vases Communicants est particulièrement précieux pour moi, car Philippe Artières, Jérôme Denis et David Pontille sont des collègues chers à mon coeur! Ici, les billets se croisent et se parlent: le mien évoque le certificat médical nécessaire à l’inscription en compétition, et le leur, les transformations que l’écrit provoque en nous au sein de la course…

Les autres participants aux Vases Communicants pour ce mois d’octobre sont :
(Merci à Brigitte Célérier pour avoir détaillé cette liste)

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/

Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/

Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/ et Louis Imbert http://samecigarettes.wordpress.com/

Michèle Dujardin http://abadon.fr/ et Jean-Yves Fick http://jeanyvesfick.wordpress.com/

Guillaume Vissac http://www.omega-blue.net/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/

Marianne Jaeglé http://mariannejaegle.overblog.fr/ et Jean Prod’hom http://www.lesmarges.net/

Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Gilda http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/

Matthieu Duperrex d’Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Loran Bart http://leslignesdumonde.wordpress.com/

Geneviève Dufour http://lemondecrit.blogspot.com/ et Arnaud Maisetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique1

Jérémie Szpirglas http://www.inacheve.net/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

Maryse Hache http://semenoir.typedpad.fr/ et Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/

Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Olivier Beaunay http://oliverbe.blogspirit.com/

Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/

Le mois prochain, à vous de jouer ! 😉





Paris-Versailles : Bip number Pick up, day 1

25 09 2010


Décidément j’ai le chic pour faire des titres trompeurs: ne vous imaginez pas que je vais rédiger ce billet en anglais! Par contre, j’ai dû user hier à plusieurs reprises de mes piètres compétences linguistiques pour expliquer à des coureurs anglophones les détails du départ: « If you feel you can run the race in less than one hour thirty, you can take the start in the first waves, from 10 o’clock. » Of course !

En arrivant ce vendredi matin à 9 heures, je n’avais aucune idée de la journée qui m’attendait, puisque je n’avais jusqu’ici vécu le retrait des dossards que du côté coureurs: on donne son certificat médical, sa pièce d’identité, on dit merci à la dame et on s’en va avec son précieux graal entre les mains (l’enveloppe qui contient le dossard et la puce, comme Noostromo le montre bien via son compte Twitter).

Cette grande journée (9h-20h sans interruption) est passée très vite. Accueillie par l’un des responsables des bénévoles, j’ai tout de suite sympathisé avec deux habituées du versant organisationnel des courses, qui m’ont bien mis le pied à l’étrier. « On est mieux au stand des t-shirt, on a plus l’occasion de discuter avec les coureurs, aux dossards l’échange est trop rapide. » Effectivement, c’est véloce !

Je n’ai pas pu prendre en photo tous les éléments graphiques de la salle du retrait des dossards, mais l’organisation était sans faille: ça se voyait autant dans la fluidité des files d’attente que sur les murs de la salle des sports Robert Charpentier. En rentrant, les coureurs pouvaient vérifier sur une liste alphabétique leur numéro de dossard ou la présence d’autres copains sur la ligne de départ. Pour ceux qui n’avaient pas emporté leur « bon de retrait » (les têtes en l’air!), il y avait une procédure à faire respecter: ils notent à l’aide de Post-it leur numéro de dossard et ils passent au stand d’accueil pour qu’on leur en délivre un. Mais dans le flot des coureurs, j’ai bien souvent accepté le petit Post-it coloré comme bon de retrait, si les autres papiers à présenter étaient en règle et que le numéro correspondait bien. Parfois, cette latitude m’a fait perdre du temps: entre ceux qui n’avaient pas noté le bon numéro (eh oui, les homonymes, ça existe !), et ceux qui venaient le nez en l’air sans Post-it en disant « Je suis le dossard numéro douze-mille-quelque-chose » (Oui mon gars, mais tu sais qu’entre 12000 et 13000 il y a 1000 numéros ?), je n’étais pas sortie de l’auberge.

Il faut dire que côté coureurs, j’ai eu droit à tous les styles: des gentils, des souriants, des stressés qu’on a envie d’aider, des stressés qu’on a envie de renvoyer paître, des jamais-contents. « (Moi) -Avec cette enveloppe vous pouvez retirer un t-shirt dans le stand suivant. (Monsieur Ironique) -Ah ben oui, pour 30 euros, c’est bien! » … Je rêve ! Il est vrai que les Boucles de la Porcelaine à Limoges coûtent 4 euros pour les 10 kilomètres et 6 euros pour le semi, mais tu imagines ce que représente l’organisation d’une course comme le Paris-Versailles! Et puis un t-shirt technique Adidas, ça coûte bien 25 euros dans le commerce, alors fais pas ta fine bouche!

Mais globalement, tout s’est très bien passé, et les coureurs sont sympas, même garés en triple file, même quand ils n’ont pas tous les papiers et qu’ils vont devoir repasser le lendemain (le retrait des dossards a lieu le vendredi et le samedi, la course le dimanche)… Ils voient bien qu’on se plie en quatre pour leur faciliter la vie, et ils le respectent. Le vendredi est un jour ouvré, mais d’après notre responsable, c’est la journée la plus speed. Les coureurs sont pressés, ils prennent du temps sur leur pose déjeuner, ils passent en sortant du travail en plein dans les embouteillages… On a donc eu un très gros rush de 11h30 à 15 heures et de 17 heures à 19h30. Le reste du temps, c’est calme mais il y a toujours quelqu’un, donc on ne se pose pas souvent (la photo-ci dessus a par exemple été prise vers 16 heures).

Et puis en fin d’après-midi, j’ai eu le plaisir de rencontrer Greg, de Mon premier marathon. Au départ je l’ai pris pour un coureur venant retirer son dossard et lui ai lancé le « Bonjour! » cordial mais usité entre inconnus (Eh oui, il est malin Greg! Il met pas sa trombine sur son blog et sa photo de profil Facebook est très judicieusement retravaillée! ^^). Puis il s’est présenté et on a pu échanger quelques mots entre deux enveloppes. On s’est donné rendez-vous ce soir, pour la Pasta Running Party, et j’ai bien hâte d’y être !

J’ai hâte également de rechausser mes Asics, peut-être en fin d’après-midi pour un petit jogging car depuis ce matin, c’est officiel: je n’ai plus mal (malgré le coup de tibia dans le montant du lit que je me suis infligé en plus de mes douleurs de fatigue).

Une dernière photo pour la route: celle de coureurs en train de vérifier le profil de la course (eh oui, la côte des Gardes, ça monte !!), avec au-dessus du schéma, les photos satellites des lieux de dépôt et d’arrivée de la navette-consigne, pour laisser ses affaires à Paris et les retrouver à Versailles… On n’arrête pas le progrès !

Bon courage aux bénévoles du samedi et du dimanche !
Et bonne course à toutes et à tous !!
(Et encore davantage aux femmes, peu nombreuses par rapport aux hommes — l’année prochaine, comptez-en une de plus 😉 )