Une prépa’ aux sensations

1 01 2014

Plan_de_Versailles_-_Gesamtplan_von_Delagrife_1746Courir, aimer, écrire.

Trois élans en lignes de force, trois actes que je ne peux accomplir sur commande. Il faut que ça vienne des tripes ! Du sang qui bat dans les veines, de l’encre qui coule (ou des octets qui défilent), un corps en mouvement. En creux, j’aime dormir. Rêver. Toucher du doigt ce que notre cerveau sur-eveillé ne peut saisir les yeux ouverts, dans un dialogue imprévu avec notre inconscient. « Tu as peur de cela et tu ne le vois pas ! Regarde ta peur bien en face et tu ne la fera plus porter sur les épaules de tes proches. » Au réveil, le rêve reste présent, merveilleux ou gênant, il accompagne une partie de notre journée. Une conversation ou une image plus loin, son sens caché apparaît.

Courir, aimer, écrire. L’injonction est impossible. Et pourtant : j’écris pour mon travail, des lignes et des lignes, des mots qui ne viennent pas de moi mais transcrivent les échanges tenus lors de réunions, conférences et rencontres. Ecrire ici, dans cet espace ouvert par une belle nuit d’été, provient d’un autre feu. Mon rythme sporadique montre que « ça vient » ou pas. Etre submergée ou ne rien en dire. De même, aimer… Dans le bouillonnement de mes ressentis, la question du « trop aimer », du « mal aimer » revient frapper régulièrement telle une vague de grande marée la digue. Et il ne manque pas de sages mestres pour venir m’édifier sur la bonne mesure et le juste milieu. Je trie le bon grain de l’ivraie, dépèce les positions idéologiques, dézingue les faux universaux. Et fais feu de tout bois, même du plus vilain.

Quant à courir, après un semestre pieds nus, je ne peux plus revenir au chapitre précédent. J’ai rechaussé mais rien n’est plus comme avant. Je prépare pour la fin du mois les Foulées du 8è, 10 kilomètres où je vais me régaler d’un peu de vitesse. Mais pas question de perdre cette écoute des sensations que j’ai acquise pieds nus ! Avant la séance, ne plus penser en « je veux / je ne veux pas » ou « je dois / je ne dois pas » mais en « je fais ce qui est bon pour moi ». Si je sens une énergie positive qui sommeille, je m’en empare. Si la fatigue est trop présente, je passe mon tour ou je modifie la sortie. Je me base sur un plan proposé par Olivier Gaillard pour 50 minutes (mon précédent record, oui, oui… il y a, humm… un an et demi !) Et je travaille au chronomètre et appréciation approximative des distances en terrain boisé (forêt, pièce d’eau des Suisses et tour du Grand canal à Versailles). Je fais du grosso-modo et du piano-piano.

Aujourd’hui j’ai suivi la séance « spécifique 10 km » avec au menu un échauffement puis 3x(1000m/500m) en 5′ et 2’10 (récup 3′ et 1’30) puis un retour au calme. Sachant que le tour de la pièce d’eau des Suisses fait 2,2 kilomètres, j’ai visé à peu près la moitié pour mes 5 minutes et environ un quart pour les 2 minutes et 10 secondes. Grosso merdo. J’étais pas très large. J’étais même un peu juste. Je me suis surtout complètement emmêlé les pinceaux dans les récup’, que j’ai faites en 1’30 tout le temps, même entre les blocs. Du coup mes petites rallonges « oh y’a une côte, je reste en footing » sont un peu moins chagrines. Je suis contente car il y a tout à gagner d’ici la fin du plan : plus d’aisance, des sensations encore meilleures. Il me faut la trame d’un plan pour me sortir de mes rêveries confortables, mais la liberté de rester vague, de m’adapter au sol, aux pentes, à la pluie et au vent. Un jour de course, il peut toujours se dresser un obstacle au milieu du chemin. Si au cours de ma préparation j’ai appris à m’adapter au monde qui change, si je me suis délestée de la technologie qui m’est superflue, je ne me laisserai pas gâcher mon plaisir par une montre GPS qui ne trouve pas les satellites ou un vent de travers.

A propos de vent : chemin faisant avec ma petite famille, en trottinant pour l’échauffement aux côtés de Nicolas poussant Nina dans son carrosse, deux grosses branches d’arbre sont tombées devant nous, depuis les platanes de l’avenue de Paris. BAM ! Un grand bruit, un « Attention ! » et un bras instinctivement levé au-dessus de la tête, pour nous apercevoir qu’avec une allure plus rapide, nous serions sous ces branches, mal en point sans doute. J’ai bien fait de courir aux sensations ! C’est un signe!🙂

Plan de Versailles, Delagrife, 1746, le Grand canal, le château, la pièce d’eau des Suisses, l’avenue de Paris.


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8 responses

2 01 2014
buzzylecolibri

j’adore ta façon d’écrire … En lisant le 1er paragraphe, en voyant la photo, je me suis sentie revivre …. J’ai eu l’impression de voir enfin écrire ce que je tourne dans ma tête, ce que je rêve d’écrire un jour ! Qui sais ? Non je n’écrirai jamais comme toi (faut pas trop rêver quand même) , mais je rêve de ressentir ces sensations et de pouvoir les partager et les transformer en mots !
Par contre je ne suis pas prête pour tout ce qui est temps , objectifs et tout ça tout ça !

3 01 2014
runningtkh

Ma Buzzy, comme ça me fait plaisir de revoir ton pseudo pointer le bout de son nez ici ! Je me souviens de bon récits chez toi aussi, tu sais, remember le marathon des causses ou ton accompagnement de David sur la CCC🙂 Pour écrire en lâchant les chevaux, il suffit de laisser ses doigts courir sur le clavier, de ne pas retenir le mot qui arrive après celui que tu viens de taper… et de relire ensuite. J’ai écrit mes deux derniers billets ainsi et je me sens bien de cette façon. « Ecrire aux sensations », en quelque sorte🙂

2 01 2014
Runner λ

Une prépa aux sensations…
C’est aussi quelque chose qui me tente pour cette année. Mettre de côté le métronome des fractionnés, débrancher le cortex et laisser le reste du corps faire le boulot.

3 01 2014
runningtkh

Salut Lambda ! J’ai « un peu » débranché les appareils mais je reste quand même avec un plan en arrière-fond et un chrono. Par contre ne plus regarder toutes les 2 secondes à quelle allure je suis, ça fait du bien ! Je garde un peu de ce que j’ai appris en courant pieds nus, en plus de la foulée. Et d’ailleurs, j’enlève mes baskets pour les footing de récupération.🙂

5 01 2014
vinvin20

Encore un superbe billet! Même réflexion que Buzzy.
C’est tellement bien écrire..ça semble couler tout seul…

13 01 2014
runningtkh

Merci Vinvin ! Tu es aussi un bel exemple d’écriture patiente, au jour le jour !

21 01 2014
Miles Perauer

Du coup, quel est ton choix de chaussures ? Five Fingers ? Quelque chose avec plus d’amorti ? Très intéressant cette transition… Osée !

26 01 2014
runningtkh

J’ai choisi des Brooks Pure Drift, 0 drop quand tu enlèves la semelle intérieure. Elles ont une large « boîte à orteils », ce qui me va bien pour ne pas compresser mes doigts de pied. Je ne peux pas porter confortablement de Five Fingers en raison d’un passif de danse classique qui m’a déformé les orteils à cause des heures de pointes…

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