Comment je suis arrivée à une heure et demie

24 03 2011

Ce n’était pas vraiment prévu au programme. Le plan d’entraînement de THE COACH indiquait pour cet avant-dernier week-end de février « 70 minutes en endurance fondamentale (alternance course et marche, si possible avec dénivelés)  » Je suis partie avec 80 minutes en tête — OK, je ne sais même pas lire les consignes. Sans doute parce que 80 minutes, c’était mon record d’endurance, battu en pleine forêt avec Shuseth et Noostromo un mardi soir de janvier. Pour moi, l’expression « sortie longue » n’était que théorique : avec le plan de reprise après blessure suivi presque scrupuleusement depuis la fin du mois de décembre, mes séances avaient plutôt une moyenne de 45 minutes, et mon kilométrage hebdomadaire s’approchait difficilement des 20 unités.

(A propos de kilométrage hebdomadaire, ne trouvez-vous pas que le calendrier Garmin Connect est extrêmement bien fait ? Les différents types d’activité — rando, course — ont leur couleur et leur logo, en cliquant sur la loupe on a le résumé et la carte, en cliquant sur le titre on tombe sur l’activité, et on peut même ajouter son poids — pour moi maintenant c’est 52 kg, j’étais à 56 kg lorsque j’ai reçu la montre en cadeau d’anniversaire en octobre dernier, à 58 kg lors de mon tout premier jogging…)

Depuis l’excellente expérience du Snow trail de l’Ubaye début février, et son amorti physique peu coûteux (un chouilla mal au genou gauche, mais j’ai quand même bien récupéré), j’ai rediscuté de mon plan d’entraînement et de mes objectifs à court et moyen terme avec David le podologue. A vrai dire il ne s’agit pas d’un plan strict comme peuvent l’être ceux proposés par des coachs ou des entraîneurs, mais plutôt d’une ligne de conduite, d’un rythme global de progression. J’avais sollicité David dans ce sens lorsque je n’arrêtais pas de me blesser et lorsque j’ai compris que l’entraînement dans un club n’était pas encore à ma portée, ou dans mon envie du moment. Ses conseils ont très bien porté leurs fruits sur le versant « reprise », et maintenant j’aborde le versant « progression ».

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C’est le printemps !

21 03 2011

C’est aujourd’hui le printemps, mais la semaine passée a été annonciatrice de cette nouvelle saison. Une saison qui compte beaucoup dans mon cœur de runneuse car c’est précisément le 3 avril 2010 que j’ai commencé la course à pied, avec mon amie Aurélie. Quand je revois les photos prises ce jour-là, quand je regarde les premières colonnes de mon tableau Excel et les premières données RunKepper, je me rends compte du chemin accompli, de l’endurance et de la vitesse gagnées et des 6 kilos de trop laissés sur la route au passage. Retour, donc, sur cette semaine pré-printanière 2011, une quinzaine de jours avant mon premier « anniv’ de running ».

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Veillée du Bois chez Team Outdoor: un retour gagnant!

11 03 2011

Hier soir, pour la première fois depuis le 25 novembre, je suis retournée courir à la Veillée du Bois: une soirée de rencontres, de sortie nocturne à la frontale dans le Bois de Vincennes et de test de matériel organisée par l’équipe du magasin Team Outdoor. Je m’y étais rendue sans courir au mois de janvier. Encore sur le chemin de la reprise et sachant que même le groupe « lent » était un peu rapide pour moi, je n’avais pas voulu tenter le démon des tendons. J’avais juste donné un coup de main et mangé la galette avec les copains. Mais à présent que la moindre de mes sorties approche ou dépasse les 10 bornes, y compris lorsque je me lance sur du fractionné, à présent que je me sens moins sujette au moindre bobo, je peux reprendre sans risque ces cavalcades.

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Semi-marathon de Paris 2011 : supportrice, 127 décibels

9 03 2011

Ce n’est pas la première fois que j’assiste à une course au lieu d’y participer. A la Corrida d’Issy-les-Moulineaux en décembre 2010, blessée , je m’étais transformée en supportrice-photographe et j’avais adoré l’expérience. Nous étions déjà un petit groupe de copains, les coureurs-blogueurs qui allaient devenir la Runnosphère, et cette journée avait été ensoleillée par ces formidables rencontres. Dimanche dernier, c’était pourtant bien la première fois que j’assistais à une course pour encourager quelqu’un en particulier. Pour Noostromo, ce semi-marathon était fondateur, le premier (d’une longue série?) sur cette distance.

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Stadio dei Marmi

4 03 2011

Au soleil de la Toussaint, soixante statues de Carrare ayant perdu leur coryphée composent un faisceau de regards immobiles, étrangement sereins, aux rets desquels viennent ici courir les athlètes d’Italie, entre la villa Madama et le ponte Milvio, au Foro Mussolini. Le Stadio dei Marmi jouxte l’esplanade de la Casa Littoria, siège du Parti, où Achille Starace prononçait ses discours, et si ces derniers volètent aujourd’hui en silence entre les pins du monte Mario, dans un paysage romain qui serait brossé par Chirico, l’inscription DUX demeure toujours bien lisible à l’entrée du sanctuaire sportif… Mais voici que l’hémicycle novecentiste s’anime au niveau d’un parterre de gazon, et voici que le chœur monumental de marbres blancs s’attelle à modeler l’ardeur et la force des jeunes gens, notamment cette coureuse isolée.

Le Stade des Marbres — ©Urbain, trop urbain

Voici l’heure pour elle. Regardez-la. Comme nous, elle a le caractère de la pérennité romaine. Toi, chastement nues nous te parlons, impérissable jeunesse, force italique. Écoute ta destinée dans nos paroles solennelles.

La sprinteuse sait une fois pour toute ce qui l’attend. Elle est ici en praticienne d’une communication silencieuse, de son corps à son corps. Elle s’écoute et s’échauffent ses muscles, s’assouplissent ses pensées, s’éteignent ses souvenirs. Elle se mobilise.

Tu ravives en nous le tableau édifiant des pupilles de l’Academia fascista di educazione fisica e giovanile. Entrailles de la Madonna, nous aimons ta mécanique musculaire qui fait honneur au Duce, premier sportif d’Italie.

Elle sort tout juste de la catégorie des « blessés », elle naît à son corps une deuxième fois. Il n’y a plus qu’un petit lancement dans le pouce au balancier de ses foulées. La coureuse déchiffre une gestuelle en acte, à même ses os, sa peau, à fleur de la membrane carmine de ses narines.

Sauve-nous, fille éclatante. Ta mère, aujourd’hui de marbre, appartenait aux Figli della Lupa. Comme vaches fournissant tant de lait, tant de veaux, les femmes saines et fortes comme toi ont versé leurs pleurs des berceaux aux cercueils.

Elle vient de s’acheter une paire de pointes qu’elle chaussera après le footing et les assouplissements pour faire à nouveau ses gammes. Là, elle n’est pas encore chaude pour la séance technique, elle décrasse, nettoie, pense au fuselage.

La coureuse au Stade des Marbres — ©Urbain, trop urbain

Athlète à l’idole immuable, nous contemplons les saillies de ton courage. Nous sommes les Marbres qui insufflent tes songes, dans toutes les générations de la femme reproductrice de l’espèce. Tu portes la guerre dans ton ventre. Tu portes la guerre dans ton effort. La guerre est la seule hygiène du monde.

La coureuse songe déjà à sa sieste de récup’. Antonietta se dit qu’elle attendra plus facilement Pozzo ce soir, après avoir mangé son petit jockey à la vanille avec de l’ACM 20 mélangé. Il faudra bien qu’ils causent de l’enfant qu’il veut.

Qui donc, enfant, qui donc t’a mise au monde ? Ce pays qui meurt est ton illustre mère prolifique, ta patrie pour qui le nombre est puissance. Dans ta souffrance tu es grande à nos yeux blanchis, comme une ancienne romaine. Nous nous souvenons ici, et souviens-t-en à ton tour, de la Noce mystique à la Journée de l’alliance et des Giovani Italiane enrôlées dans l’idée de la vraie femme.

Elle s’engage sur le palier d’endurance. Elle sait qu’elle n’est pas prête pour le lactique, qu’il y a quelque chose de prématuré dans son attirance pour « la caisse ». Il faut qu’elle se réfrène. Comment fait-on pour oublier cette sensation ?

Fin de la séance d'entraînement au Stade des Marbres — ©Urbain, trop urbain

Déjà elle va errante, fidèle vestale à son sort attachée. Regardez la nouvelle italienne ! Ne te souviens-tu pas de l’allégeance de la marquise Casagrande ? Les femmes ont mis au monde les enfants, mais toi Mussolini, tu les as inspirés et conçus. Il est vrai que c’est au fond de la femme que l’on trouve l’arôme stimulant la vigueur mâle du combattant que nous te sentons prêt à répandre à pleines mains, de même que nous, à pleines mains, nous avons donné nos fils à la patrie…

Elle sent qu’elle a mal digéré. C’est sans doute ça, les courbatures qui arrivent. Ou alors, la musculation de la veille chez son amie kiné. Tiens, elle, elle attend un enfant sans doute. Beaucoup plus ronde, et puis cette posture qu’elle avait en servant l’altère sur le banc. Il faudra qu’elle lui demande. Elle n’a pas osé, hier.

Repos au Stade des Marbres — ©Urbain, trop urbain

Quitte tes yeux du passé. Ce n’est pas le regard pieux. Dieu nous donne le blé, il nous le travaille et nous le protège. Nous sommes blanches non comme celles de Praxitèle ou Michel-Ange. Nous sommes blanches de la farine pour nourrir la race italique. Mussolini-Mâle-Mari, reproducteur de l’espèce romaine, t’a indiqué ta place et ton avenir de femme. Ne regarde pas en arrière, n’écoute pas l’appel conservateur. La chance historique de montrer ta fibre morale est venue.

La coureuse ne se met pas « dedans ». Quelque chose ne passe pas. Elle a trop anticipé et rêvé son retour dans la chambre d’appel. Mais, il faudrait qu’elle s’entame pour ça, qu’elle se donne. Elle ne se donne pas. La remontée lactique lui fait mal. Pourquoi est-elle faible, pourquoi ce creux dans le dos, inclinée, soumise ?

C’est toi que nous invoquons, comme lorsque l’Opera Nazionale Balilla savait modeler la cuirasse caractérielle féminine. Le temps, qui voit tout, malgré toi, malgré nous, met à nu ton destin. Ah ! Qu’une tristesse définitive nous accable, loin des rumeurs de la ville. Et toi qui nous quittes, nous le savons. Retourne-toi, regarde-nous, comme nous couronnons bien ta vie. Ne nous laisse pas.

La dernière fois dans la chambre d’appel, son père n’avait pas compris la frontière. Il était venu. Elle n’arrive pas à lui pardonner. La dernière fois, elle s’est blessée, ça a claqué sa jambe après la cinquième haie, au pied de la colonnade de marbre. La dernière fois. Sa mère — d’un sein de marbre — morte entre temps. C’est fini le temps des parents. Comme au banquet de pierres, elle regarde la cinquante-neuvième statue, celle qui la sépare pour toujours de la chambre d’appel rêvée. L’enfer est blanc. C’est fini.

Gioventu italiana del Littorio

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Texte écrit par Matthieu Duperrex, pour Urbain, trop urbain, qui invite sur son site mon texte Le sport, le marchand de godasses et l’espace public urbain dans le cadre du projet de vases communicants: “le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.”

NdR : l’auteur remercie l’anthropologue et athlète de haut niveau Sylvaine Derycke dont il a lu avec plaisir les travaux sur les rituels sportifs. Les paroles du chœur des Marbres font écho aux discours et théories fascistes sur le sport et sur le rôle de la femme italienne.