Ce que courir veut dire

Il est des jours sans limite où les heures ordinaires ne suffisent pas à pouvoir saisir tout ce que la vie contient. Trop de nouveautés, d’agitation, trop d’au-revoir et de rencontres à venir. C’est dans ces moments-là que l’insomnie me guette, elle sait que je l’appelle au secours tout en la redoutant. Lorsque je peux partir courir, le temps reprend sa forme et j’évacue pas après pas tout ce qui me submerge. Mes pensées les plus chaotiques se dessinent clairement, le brouillon se met en page dans cet effort du corps et ce contact unique à l’environnement qui m’entoure. Or depuis plus de deux semaines,  je ne cours pas, enfermée par la douleur d’une banale blessure. Heureusement, elle s’estompe enfin : dès la semaine prochaine je rechausserai mes pompes de running pour une reprise progressive, et mon sommeil dépassera à nouveau les cinq heures quotidiennes.

Cette semaine j’ai à la fois quitté mes anciens collègues d’Orange Labs et commencé mon nouveau métier de rédactrice. Je n’imaginais pas que ce serait aussi émotionnellement intense. Je m’étais préparée à ce changement de vie, je croyais que la transition serait routinière. Il n’en a pas été ainsi : j’ai de la peine à dire au-revoir, malgré la joie de ce nouveau travail et la pleine conscience de suivre ma propre voie.

J’ai emprunté le titre de ce billet à l’ouvrage du sociologue Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, en hommage au laboratoire de recherche qui m’a accueilli pendant un an, juste après la soutenance de ma thèse. J’y ai rencontré des personnes extraordinaires, pleines de vitalité (et de théories bizarres 😉 ),  j’ai découvert pour la première fois ce qu’était « la vie de bureau » et cette drôle de communauté constituée par des collègues que tu côtoies chaque jour. Et surtout — pour ce qui nous intéresse ici — j’ai pu développer et amplifier ma passion naissante de la course à pied, au cours de nombreuses discussions (hein, avouez, je vous ai grave saoulé à la cantine, au café, jusque dans vos bureaux ! ^^), de supers joggings au parc Suzanne Lenglen et avec la participation « corporate » à La Parisienne.

Mais l’histoire n’est pas finie puisqu’en mars prochain, je participerai avec mon ancienne collègue et néanmoins amie Julie 😉 à la version « Twin santé » de l’Ecotrail de Paris. J’ai hâte de vivre cette nouvelle aventure !

Et l’histoire continue ailleurs, avec cette communauté de la « Runnosphère » que j’ai découvert en lectrice, puis en blogueuse, et désormais « In Real Life » (Bizarre comme expression, non ? Comme si écrire, lire, commenter et raconter des bêtises sur Twitter ne faisait pas partie de la « vraie vie » !) avec les rendez-vous binouze post-compétition et les Pasta Party. Hier nous nous sommes ainsi retrouvés à huit compères (dont deux commères, grande première!), après le retrait des dossards pour la Corrida d’Issy-les-Moulineaux. C’est assez étrange de retrouver physiquement des personnes avec qui l’on a parfois échangé des pages et des pages (tous nos commentaires mis bout à bout, ça doit bien faire à peu près ça ^^) durant des mois. Je me rends compte que je suis quand même d’un premier abord beaucoup plus timide en face à face. Peu à peu au fil des rencontres, les têtes se font familières, et l’on retrouve avec plaisir ces conversations d’initiés sur le meilleur moyen de ne pas se perdre dans un trail, sur le dernier gel énergétique ou les courses à venir (je note pour ma part le trail des Traces du Loup en juin, si bien défendu par David et Christophe !) Nous n’en sommes qu’aux balbutiements, mais j’ai la forte impression que de véritables amitiés sont en train de naître ici, et ça, c’est beau !

Pour finir, je reviens en forme de clin d’oeil à mon ancien bureau d’Orange Labs, avec ce mur des « Pourquoi tu cours ? » en Post-it. Fabriqué et partagé avec Julie, ma binôme d’Ecotrail et colloc’ du B419-420, il est un pendant graphique à cette petite question lancinante, à la manière du mur des 10 kilomètres de Paris Centre.

Gourmandise d'hiver

 

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20 réflexions au sujet de « Ce que courir veut dire »

  1. Toujours un régal de te lire.
    J’ai un peu le même sentiment que toi sur les rendez-vous runnosphère, de plus en plus sympas !
    Ca nous manquait tes « PS : Pourquoi tu cours ?  » ^^

  2. Très belle première phrase…je note dans un p’tit coin spécial de mon ordi. Ces derniers temps, ici ou là, des phrases m’arrivent comme cela en pleine figure et je les note.
    Bon courage et bon rétablissement.

  3. (bon j’ai rien dit sur le coup mais ce vin italien était aussi mauvais que les gateaux de noos’ savoureux. fin de la parenthèse)
    j’espère que venir nous voir demain sera comme une forme de reprise en douceur pour toi.

    1. Ah oui, tu t’es démarqué avec ton doublé pizza-vin… J’espère que la pizza était bonne au moins !
      Je suis super contente de venir vous voir, je vais déjà me poster à Corentin Celton pour voir passer Virginie & Nadget et ensuite les pères Noëls.

  4. pfff tu vas me faire pleurer clarinette.
    je cours parce que ça me permet de partager ça avec toi 🙂
    d’ailleurs faut que je me couche, demain le parc montsouris m’attend.

  5. Encore un beau billet…entre mélancolie de quitter certaines personnes et joie d’en avoir rencontré d’autres..
    Magnifique patchwork coloré de « pourquoi tu cours? » 😉

  6. Je ne sais pas si j’ai tant envie que tu recours quand je lis ce dont ta plume accouche sous le fouet de l’insomnie…
    La substantifique moelle du « running social » (drôle d’utilisation du terme « social » aussi, pleine de notions et de nuances même si je ne l’aime pas beaucoup du fait de sa sur-utilisation)
    See you bientôt « IRL » 🙂

  7. Grâce à toi, à ton blog, ton accueil, j’ai eu des dizaines de félicitations malgré ma piètre perf sur la Sainté. On peut dire que tu as participé un peu cette année. Et même si c’est virtuellement c’est la vérité.
    Je ne cours pas ce week end, juste VTT dans les bois pour reposer l’organisme. Tu pourrais faire ça aussi !

  8. Très juste et très joli ce billet!
    Sans cette runnosphère je n’aurais certainement pas couru toutes ces courses ni rencontré autant de passionnés!
    Je suis en route pour la Corrida d’Issy, bonne course à toi!

    1. Merci, et comme ça je découvre ton blog, « battre en brèche les idées reçues », j’aime ça !
      J’espère que tu es contente de ta course, moi je l’ai faite en supportrice, encore trop blessée…

  9. Ta plume caresse les mots pour mieux les rassembler
    et ainsi nous contenter de ces billets que nous lisons toujours avec grand plaisir.
    J’aime cette idée de ces petits mots comme des petits rappels pour soi même.
    Et concernant la « communauté », c’est un sentiment grandissant pour moi, et je me faisais l’idée d’en parler également.
    Comme quoi, lorsque l’on est blessé, on pense beaucoup !! 😉

  10. Merci à toi c’est gentil, disons que verglas et élongation ne font pas bon ménage avec les faux mouvements et une chute !! Gros travail de patience donc. Moi aussi j’espère être rétabli pour le 23 !
    Et doucement la reprise…

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