Mois : septembre 2010

Bon baisers de Trento

Je suis en Italie depuis mercredi soir, pour un colloque de sociologie des sciences et techniques où je présente quelques résultats d’une enquête ethnographique sur la conception d’une application mobile.

Et comme chaque fois que je me déplace plus d’une journée, je voyage avec mes affaires de running. Dès le lendemain de mon arrivée, je suis allée rejoindre les rives de l’Adige pour un petit jogging de reconnaissance, pour voir la brume se lever vers la montagne et sentir le soleil réchauffer mon corps à peine réveillé. J’ai recommencé ce matin sur le même parcours, croisant d’autres joggers, des promeneurs de chien, des promeneurs tout court.

Il s’est produit une chose étrange, et ce dès les premières foulées. J’avais une conscience pleine et totale de tous mes mouvements, de chaque pas sur le chemin de terre bordé d’herbes hautes. C’était comme si j’habitais dans mes pieds, dans mes jambes, dans mes bras et dans mon souffle. Peut-être parce que je me concentrais particulièrement sur le sol : j’avais failli me viander jeudi matin en mettant le pied dans une ornière cachée par les herbes. Ça aurait pu mal tourner : j’ai senti ma cheville résister, mon genou encaisser, mais pas de mal, ouf!

En tout cas ce matin j’ai couru prudemment pour éviter les terriers de René la taupe — la fédé d’athlétisme a décimé ses collègues pour qu’il nous en veuille autant ? Mon regard alternait entre les cimes qui m’entouraient, le téléphérique qui grimpait, et la terre, le sable, les bouts de bois flotté, le fleuve suivant irrémédiablement son cours.
C’est ce que j’appelle, dans mon jargon de newbie, un « footing de touriste » : je ne me soucie pas de l’allure ni du kilométrage effectué, même si je branche Runkeeper. Seules comptent les sensations, la découverte et la régularité que cela me permet d’entretenir dans la pratique de la course à pied. Runkeeper, malgré le GPS un peu aléatoire de l’iPhone, me permet surtout de regarder a posteriori les cartes de ces petits moments passés en dehors des sentiers routiniers.

Et vous, est-ce qu’il vous arrive de courir de temps en temps sans souci d’allure ou de kilométrage ?

PS : « Pourquoi tu cours ? » « Pour voir comment va le fleuve à 7 heures du matin. »

Et pour regarder la carte, les photos, le parcours, c’est ici : http://runkeeper.com/user/ClaraL/activity/15890643