Semi-marathon de Paris 2011 : supportrice, 127 décibels

9 03 2011

Ce n’est pas la première fois que j’assiste à une course au lieu d’y participer. A la Corrida d’Issy-les-Moulineaux en décembre 2010, blessée , je m’étais transformée en supportrice-photographe et j’avais adoré l’expérience. Nous étions déjà un petit groupe de copains, les coureurs-blogueurs qui allaient devenir la Runnosphère, et cette journée avait été ensoleillée par ces formidables rencontres. Dimanche dernier, c’était pourtant bien la première fois que j’assistais à une course pour encourager quelqu’un en particulier. Pour Noostromo, ce semi-marathon était fondateur, le premier (d’une longue série?) sur cette distance.

Le métier de supportrice, c’est du boulot. Surtout si on est soi-même coureuse. Le moment le plus difficile du job reste le retrait des dossards, où même en arrivant à la bourre on ressent l’excitation des coureurs se préparant pour le jour J, leur joie de recevoir en cadeau un t-shirt de nuit orange fluo et une éponge (si, si, une éponge, je vous jure, tout comme Rasmette, j’en pouffe encore). Et devant ces sourires et ces sacs promotionnels, on se dit: « Je ne courrai pas demain. » Et ça fait un peu mal aux ventricules.

La deuxième partie du job, c’est la-soirée-avant-la-course. Et là, être soi-même coureuse, ça aide, parce qu’on l’a déjà vécu dans son corps, cette petite dose d’appréhension et d’exaltation qui va mettre un grain de sable dans les rouages de ton sommeil, cette concentration dans la préparation des affaires, dans l’épinglage du dossard (oui, nickel, il est bien droit), dans les dernières vérifications. Alors chacun son truc pour évacuer le stress, nous on fait la cuisine. Nicolas cuit son Gatosport, une espèce de galette infâme qui sent le chocolat de machine à café et dont il s’enfilera le tiers avec le café du matin, deux à trois heures avant le départ de la course. Moi je plonge dans le bouquin Secrets d’endurance et je prépare une boisson d’attente au thé oolong, jus de citron, sauce de soja (oui, sauce de soja ^^) miel et pain d’épices. Je jetterai un voile de pudeur sur la suite des événements et ne me mêlerai pas de la controverse de « l’influx » (grande question anthropologique!), il y a de très bons forums pour ça.

La troisième partie du job, c’est le réveil. Parce que déjà, quand tu cours et que tu te réveilles à 7 heures du mat’ un dimanche, tu te demandes: « Mais pourquoi je m’inflige ça ? » Alors quand tu ne cours pas… Mais en fait, ce matin-là, je me suis réveillée très heureuse. J’étais à fond (comme d’hab’ ^^), tellement ravie de participer et de contribuer au bonheur de quelqu’un, et de le vivre en même temps. En plus, cerise sur le Gatosport, on a pris la moto pour se rendre à Vincennes, sous un magnifique ciel bleu. Plus on s’approchait du château et plus on voyait de motards et de scooters en chaussures de course (eh, les mecs, portez des bottes, les chevilles ça peut servir, pour courir!)

Au premier plan, un vrai motard, au second, des narvalos en running.

Avant le départ

La quatrième partie du job, c’est le dépôt du sac à la consigne. Mais là, c’est subtil : comme le départ est dans 20 minutes et que le héros du jour n’est pas échauffé, la logique veut que tu le laisses s’occuper tranquillement de ses muscles, mais comme le héros est un chevalier sorti tout droit d’un roman courtois, il refuse tenacement que tu te sacrifies et tu dois insister cinq bonnes minutes pour qu’il te laisse, bravement, te frayer un chemin parmi les coureurs stressés qui eux non plus n’ont pas déposé leur sac mais qui en plus n’ont pas de gente dame pour leur venir en aide. Allez, file, il ne reste plus qu’un quart d’heure.

Cette séparation momentanée (et émouvante, je vous passe les détails) me permet alors de contempler les attributs mœurs de mes congénères mâles, ou l’alignement du cursor mingitarium.

En rang d'oignons

Je rejoins ensuite la ligne de départ, où je peux assister au coup de pistolet initial et à la longue série des je-passe-la-ligne-tac-j’appuie-sur-ma-Garmin, sous une musique de boite de nuit « OUh ouh ouh ouh, ouh-ouh-ouh, ouh ouh ouh ouh ouh !! » (c’était les paroles). J’ai aussi fait deux vidéos (bientôt sur la chaîne Youtube de RunningNewbie ^^) mais je n’ai pas réussi à voir Nicolas à ce moment-là. Une fois le drapeau du meneur de 1 heure 40 passé, je file à la station de métro « Château de Vincennes » pour me rendre à Bastille, au 12è kilomètre.

Dossards préférentiels au départ

Et là croyez-moi ou pas, eh bien il y a déjà des coureurs à Bastille ! Ils vont super vite, les filous !

12è kilomètre - Rue Daumesnil - Bastille

12è kilomètre - Rue Daumesnil - Bastille

Vient ensuite un peloton un peu étiré, et j’entends qu’on m’appelle: c’est Salvio, avec Philippe, qui ont l’air de courir en discutant. Les bougres! Ils finiront quand même la course en 1 heure 29! Je leur lance un « Ciao! », je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que Salvio est Italien.

Puis j’aperçois au loin la grande foulée de Nicolas, il arrive à ma hauteur, je lui fais coucou et je crie de toutes mes forces « (…) » un truc super tendre que je censure, il a l’air un peu surpris mais bien content, et je recueille les regards amusés des autres supporter à côté de moi. J’arrive à le prendre en photo avant qu’il ne poursuive sa route.

L'envol du champion

Je décide de me positionner au centre de la place, pour le passage du 15è kilomètre. C’est la cinquième partie du job de supporter: apprendre à traverser la route de la compétition, quand il n’y a pas moyen de la contourner, sans gêner les coureurs. Je m’étais déjà entraînée à la corrida d’Issy, j’ai remis en application mon savoir-faire. Tends bien l’oreille petit supporter débutant, tu éviteras ainsi de te faire très légitimement insulter. D’abord tu attends un petit creux entre deux pâtés de coureurs. Ensuite tu vises une diagonale de l’autre côté de la route (pas en face, surtout pas en face!) Tu prends ton élan et tu cours au même rythme que les autres gens. Et voilà, tu as limité la casse. Maintenant tu peux regarder les jolies banderoles et drapeaux qu’ont fabriquées les gens pour soutenir leurs amis, leurs parents, leurs amants.

Drapeau pirate

T'inquiète pas, elle va passer ta Maman.

Au 15è kilomètre, en attendant le passage de Nicolas, je m’amuse avec d’autres supporters à crier des encouragements avec le prénom des coureurs qui est inscrit sur leur dossard. Effet immédiat: leurs visages s’éclairent, ils font un petit signe de la main en remerciement, ça fait chaud au cœur ! Mais la course à pied en compétition et en famille, ce ne sont pas que des moments bisounours. J’entends ainsi à ma gauche « Aïe, il est loin derrière le drapeau des 1 heure 30, je vais encore avoir la soupe à la grimace. » Ambiance !

15è kilomètre - Bastille

Noostromo arrive, mais cette fois c’est lui qui me voit. Il me crie « (…) » un truc super tendre que je censure, il a l’air encore bien en forme et je suis contente car le drapeau des 1 heure 40 est derrière lui, alors j’aurai une soupe à la fraise. (Blague à part, je pense que rater une course ça nous arrivera à l’un comme à l’autre, et j’espère bien qu’on ne se tirera pas la tronche pour autant!) Je lui hurle « Vas-y Nicolas, t’es le meilleur! », il passe, puis je me retourne vers les gens avec qui je criais les prénoms en disant « Voilà, c’était mon mec. » Et je me casse. Sympa, la collègue de bord de route. C’est qu’il ne faudrait pas manquer l’arrivée !

Lorsque je déboule à nouveau au pied du château, je croise des personnes avec des médailles, je les félicite et je leur demande leur chrono: 1 heure 30. Je suis donc dans les temps. Il existe un rendez-vous Runnosphère post-course à l’angle sud-est du château mais comme pour l’instant je ne vois personne, je me dirige vers l’aire d’arrivée pour essayer de croiser Nicolas à la sortie du ravito. Mais c’est un peu confus, malgré un super camion noir avec un point d’interrogation blanc dessus, bon point de repère (sauf qu’un camion, ça se déplace, foutu moteur!) On se retrouve donc devant le château, Nicolas est heureux comme un chevalier de retour de mission, il a battu tous ses records et a couru les 21,1 kilomètres en 1 heure 36 minutes et quelques secondes. La classe! Je suis trop fière!!

Nous croisons forzavins, un lecteur des blogs de la runnosphère qui nous a reconnu (oui, là je viens de pomper directement la phrase sur le compte rendu de Noostromo, c’est pas joli-joli mais que voulez-vous ma bonne dame.) Puis nous filons aux vestiaires et je croise Maya pendant que Nicolas se change. C’est marrant, tous les coureurs ont du sel plein la gueule, on dirait qu’ils reviennent d’un bain de mer. Je remarque au passage que le camion de la Croix Rouge peut être très utile pour les étirements.

Etirements

Nous rejoignons les copains devant le château. Tout le monde est ravi: Greg, Salvio et Jahom en 1 heure 29, Djailla, 2 heures en accompagnateur d’une amie, et Maya en 1 heure 52 pour son premier semi. Shuseth, croisé dans le parc floral avant le départ, a dû se perdre entre les stands de merguez et Google (comprenne qui peut, c’est pas bien de faire des private joke mais bon.)

Puis c’est la bière de récup’ partagée sur une terrasse ensoleillée, au son des ronflements de moteurs (il y a une concentration féministe de motardes qui se prépare, si c’est pas le destin, ça!)

Bref, l’une des plus belles journées de ma vie!

Ils sont beaux !

A 6, c'est mieux, mais avec l'iPhone, l'image est toute choucroutée. Bon, c'était pout l'envoyer tout de suite sur Twitter. Les gens, c'est : Maya, Nicolas, Greg, Salvio, Philippe, Bastien.

Allez, en cadeau-bonux, une petite image de teasing sur « l’écologie graphique du coureur à pied », billet à venir si Salvio veut bien m’accorder une interview sur tous ses papiers de préparation de semi-marathon.

85% VMA

Les autres comptes rendus de la Runnosphère:

Et puis Rasmette, autre supportrice du jour (mais elle, elle a couru, l’après-midi).

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35 responses

9 03 2011
Je suis venu, j’ai couru, j’ai vaincu | Jahom, runner

[…] (très bientôt) à leur tour la course qu’ils ont vécue ce dimanche 6 mars 2011. Tandis que Clara nous raconte à merveille le rôle de supportrice modèle qu’elle a joué en attendant son […]

9 03 2011
jecoursparis

J’ai crie « CIAO CLARA!!! » et peut être c’est ça la raison que tu m’a dit « Ciao » ;) … je te laisse le lien à mon CR si tu veut l’ajouter http://jecoursparis.blogspot.com/2011/03/des-lievres-sur-la-semi-marathon-de.html

9 03 2011
runningtkh

Mais où ai-je la tête ?! J’ai pris la liste des CR sur ton blog et j’ai oublié le tien! Et j’avais aussi oublié d’où sortait ce « Ciao », merci de me redonner la mémoire!

9 03 2011
Shuseth

Effectivement, comprenne qui pourra :p

9 03 2011
runningtkh

Eh oui, il faut lire le CR de Shuseth pour comprendre ! ^^

9 03 2011
Maya972

Bien vu, cette vision de la course sur le plan d’une supportrice-coureuse !
Organisée et compréhensive ! La prochaine fois, cela sera peut-être le contraire et ton preux chevalier partagera ainsi cet agréable moment !

9 03 2011
runningtkh

Oui, mon premier semi-marathon est prévu pour cet automne, et je compte bien me faire dignement encourager :)

9 03 2011
fred0

En tout cas concernant l’influx, aucun ne s’était rasé, pour le reste, on n’en dira pas plus… ;-)

9 03 2011
runningtkh

Ah ben non, faut pas se raser, ça enlève l’influx !! ;)

9 03 2011
Sydoky

Bravo Clara pour ce reportage ! Comme tu le dis c’est du boulot et pas facile surtout sur une course aussi populaire !!

9 03 2011
runningtkh

Merci ! Pas facile, mais quand même bien agréable !

9 03 2011
Greg

C’était un moment bien sympa! Merci encore à tous les supporters pour leurs encouragements!!

9 03 2011
runningtkh

De rien ! Merci à vous pour cette belle course !

9 03 2011
vinrouxh

Très beau reportage vu de l’extérieur, cela change, et, c’est très agréable à lire.
Visiblement, faire un semi ou le suivre comme un vrai supporter, cela demande un entraînement sportif.

9 03 2011
runningtkh

Oui, être supporter, c’est tout un art ! ^^

9 03 2011
forza_vins

Excellent résumé complétée par des belles photos au coeur de l’action de la course. Etre supporter à l’air d’être aussi technique, épuisant et stressant que de courir un semi-marathon. lol.
Joli reportage encore!!

9 03 2011
runningtkh

Non, ce n’est pas tellement stressant ! C’est fatiguant, mais c’est de la « bonne fatigue » :)

9 03 2011
noostromo

super récit, très prenant.
Ca m’a permis de revivre un peu cette fantastique journée.
C’était aussi la première fois que quelqu’un venait sur une course pour m’encourager !
merci ;)

10 03 2011
runningtkh

Je crois qu’on va s’en souvenir un moment, de cette course :)

9 03 2011
Philippe

hey mais en fait t’as quasiment plus couru que nous ! avec des bottes de moto s’il vous plait ;-)

10 03 2011
runningtkh

Oui, j’ai même eu des ampoules sur le dessus du pied car les chaussures de moto ont un renfort pour le sélecteur et c’est un peu duraille !

9 03 2011
Rasmette

C’est un vrai boulot, supportrice! Et se lever tôt rien que pour ça, c’est vraiment dur!
Ce sera lequel ton premier semi?

10 03 2011
runningtkh

Je ne sais pas encore… Boulogne ? Vincennes ? A voir…

9 03 2011
Eponyme

Excellent ce CR « de l’autre coté » !
Bravo à toi aussi pour cette perf : tu as l’air d’être une accompagnatrice hors-paire ! :)

10 03 2011
runningtkh

Merci ! Mais c’est vrai qu’être coureuse, ça aide :)

9 03 2011
SebRom

Ca donne envie de se mettre au supportering, y a une application pour ça? Un site social? Des défis de supporters?
Excellente article, ça devient lassant à force ;-)

Si Noostromo a pété les chronos, ce n’est pas dans la diét’, l’entrainement ou l’influx qu’il faut chercher l’explication, tu lui as donné des ailes, vive les mots doux et l’esprit bisounours!!!

10 03 2011
runningtkh

C’est pas l’esprit Bisounours, c’est l’esprit Spirunours ! ^^

9 03 2011
vinvin20

« Un des plus beau jour de ma vie » ….Je crois avoir lu ça de toi quelque part sur un blog concernant cette journée!
Le plaisir de voir courir les autres, c’est aussi une expérience enrichissante, et le soutient dans l’effort, c’est aussi ça l’esprit de la runnosphère! ;)

10 03 2011
runningtkh

Ben oui, c’est tout simplement génial !

10 03 2011
trainingforboston

Superbe récit, comique les rangs d’oignons. Félicitations à tous ces coureurs de la Runnosphère pour ces quelques minutes de souffrance et de réjouissance. Toutefois, la réjouissance devrait être beaucoup plus longue que la course.

10 03 2011
runningtkh

C’est vrai ça: la réjouissance est beaucoup, beaucoup plus longue que la course elle même ! C’est sans doute une des raisons pour lesquelles nous courons…

10 03 2011
buzzy le colibri

Perferct le recit des gradins … On t’emabauhe comme supportirice pour le marathon !! Milles bises

10 03 2011
runningtkh

Je serai là pour le marathon. Je serai facilement reconnaissable: je porterai un string. ^^

10 03 2011
MARKO

Ohhhh Une belle perf de Nicolas et de l’amouuuuuuuur ! C’est très beau !
Vive la course à pied et le printemps !

10 03 2011
runningtkh

Oui, voilà, vive le printemps et l’odeur des châtaignier. ;)

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